Interview de Georges Kondis avec Despina Dimotsi. Numéro 6 – été 2025!
(Une discussion entre la responsable de l’édition ER-MAG Despina Dimotsi et le professeur de l’Université de Péloponnèse, sociologue, Georges Kondis).
Sociologue et anthropologue de formation et docteur en Sciences Sociales de l’Université Catholique de Louvain avec une thèse intitulée « De l’Empire à l’État national. Formes d’expression politique et espaces d’organisation sociale en Grèce 1760-1860 », Georges Kondis s’intéresse aux espaces publics et à leur relation avec les sociétés, spécifiquement les
sociétés locales. Il participe à divers groupes de recherche sur la micro- histoire des sociétés ainsi que sur la mise en valeur des archives (communautaires, familiales) et de la mémoire sociale communautaire. Il a été professeur dans l’Enseignement secondaire, l’enseignement pour adultes et dans les institutions universitaires (Université d’Égée et Université de Péloponnèse). Il a été Coordinateur du Centre Départemental du Péloponnèse pour l’Éducation. Il est enseignant- chercheur à la Faculté des Beaux-Arts (Département des arts du spectacle et arts numériques) de l’Université de Péloponnèse. Il est l’auteur de
diverses contributions scientifiques dont « Αncien Théâtre d’Épidaure et société locale. Essai d’approche de la dynamique d’une relation »
(Τheatre Polis. An Interdisciplinary Journal for Theatre and the Arts, 3-4, 2017-2018) ; « La protection sacrée des guildes, des associations professionnelles et des syndicats. Rôle et importance de la fête de l’icône.
Le cas de l’Argolide » (Le Monde du travail. Revue annuelle pour la Société, la Culture et l’Histoire du Travail, 8-9, Université de Ioannina- Grèce. Ioannina-Athènes, 2022) ; Géographie culturelle en prison : connaitre le monde autrement, (Aparsis, 2022).

DD: Mr. Kondis nous vivons dans une région de la Grèce bien connue pour son histoire millénaire et de ses beautés naturelles. Des milliers des citoyens étrangers visitent chaque année notre département. Quels sont les sentiments et les idées qui expriment par rapport à cette expérience ?
GK: En effet, une bonne partie des voyageurs en Grèce s’oriente vers l’Argolide grace à ses magnifiques paysages, sa grandiose histoire gravée sur la terre et la vie paisible dans ses villes et villages. La grande majorité des voyageurs connaissent déjà l’histoire des lieux de civilisation et viennent les voir et avoir l’expérience de ce passé ici même. Mais si nous voulons comprendre ce qu’ils pensent véritablement de cette région, alors il faut bien tenir compte du fait que l’Argolide non seulement deviens le lieu préféré des vacances mais aussi le lieu d’installation pour des milliers des citoyens étrangers.
DD: Est-ce que nous avons une idée des préférences et des nationalités ?
GK : Bien sur la côte attire beaucoup de personnes. Les régions côtières sont sollicitées mais aussi tous les beaux villages partout en Argolide. Les gens achètent, en général, des maisons et ils habitent toute l’année ou quelques mois par an. Les Français et les Anglais sont les nationalités qui s’installent le plus en Argolide mais il y a aussi d’autres en plus petit nombre : Allemands, Belges, Polonais, Italiens, etc. J’ai l’impression que les Français et les francophones en général, sont les plus nombreux à visiter et à s’installer en Argolide. Ce n’est pas par hasard que Nauplie devient une ville francophone à partir du printemps a cause du nombre des voyeurs français. En plus, notez qu’Ermioni accueille une grande communauté francophone, peut-être la plus grande du bassin méditerranéen, disposant une petite-école pour la langue française et ayant une présence culturelle assez intéressante.
DD: ! Nous pouvons parler d’une richesse culturelle pour l’Argolide et des échanges culturels bénéfiques pour les sociétés locales ?
GK: Tout à fait ! C’est pourquoi nous participons à l’organisation des événements culturels souvent avec les amis d’autres pays qui habitent l’Argolide. Un magnifique exemple est celui du grand helléniste Jacques Lacarrière qui a voyagé pendant des années en Grèce, il nous a offert en héritage le magnifique récit de ses voyages au titre «L’été grecque » (1976) et il n’a jamais voulu quitter la Grèce même à sa mort : sa volonté était que ces cendres soit éparpillées en mer Egée et le 3 novembre 2005 on a accompli sa dernière volonté au large de Spetses. Nous avons aussi une de meilleure description de l’ancienne théâtre d’Epidaure et de la population locale quand il est venu avec les étudiants de Sorbonne, en 1947 déjà, jouer « Les Perses » d’Eschyle. A son honneur nous avons organiser une soirée a Nauplie, ou nous avons présenté sa vie et son œuvre, son amour pour la Grèce et nous avons écouté des belles chansons par une magnifique voix d’une chanteuse tunisienne aussi installée à Athènes, Lamia Bedioui.

DD: Je crois que vous aviez organiser des évènements consacrées a l’histoire des voyageurs étrangers en Grèce.
GK: Exactement. Parmi ses évènements, je dois mentionner la présentation des voyages depuis le 17eme siècle et l’importante présence française en Argolide. A ce titre, nous avons organisé plusieurs recherches, éditions, expositions et présentations dont celle avec la communauté française d’Ermioni. Un évènement qui a eu un grand succès dans la société locale qui a rempli la salle de l’ancienne école néo-classique d’Ermioni et qui a réanimé l’intérêt des rencontres et des recherches à ce sujet. Bien sûr, parmi les descriptions que nous avons du Péloponnèse et de l’Argolide, celle de l’Expédition Scientifique Française en Moree, est la plus importante.
Ce n’est pas une simple description de voyage mais un ensemble magnifique des récits, des descriptions et des rapports scientifiques sur tous les aspects du petit pays grecque a l’époque : économique, social, archéologique, militaire, etc. Il existe un grand intérêt a ce niveau et nous sommes en train de coopérer avec les archives des villes françaises pour pouvoir mettre à la lumière du jour l’énorme matériel existant en cartes, textes, dessins, photos, etc, du Péloponnèse et de l’Argolide en particulier. Dans ce cadre nous avons déjà organiser des expositions et nous préparons plusieurs autres évènements.

DD: Quel type d’exposition ?
GK: Je crois que notre dernière exposition au musée militaire de Nauplie (2024) est la plus représentative de nos efforts à relier les différentes expériences culturelles en Argolide. Parmi les villes européennes avec lesquelles nous avons des échanges, ceux d’Abbeville du nord de la France, sont les plus privilégiés vu l’intérêt que portent aussi nos amis abbevillois à ces échanges. Je signale le jumelage de cette belle et historique ville française avec la ville d’Argos qui permet d’étendre nos activités et relations avec d’autres villes aussi. Ainsi, nous avons travaillé sur le thème des communautés maritimes qui était déjà le sujet d’une exposition des archives municipales d’Abbeville (Direction des Archives Municipales, de la Bibliothèque Patrimoniale et du Devoir de Mémoire). Nous avons lié ces Archives Municipales et la Société d’Εtudes d’Ermionide pour arriver à une étude comparative de l’histoire maritime de deux villes et régions sous le titre : Aspects de vie d’une mer qui nous unit.
L’exposition etait une tentative de présenter l’histoire navale de deux endroits éloignés qui en même temps répondent aux caractéristiques communes: culturels, techniques, économiques. Les communautés maritimes maintiennent un dialogue secrtet les uns avec les autres aussi loin qu’elles se trouvent. L’organisation de la communauté, la solidarité des membres, leurs caractéristiques financières, leurs techniques professionnelles, leurs croyances religieuses et les façons dont ils ont évolué au fil du temps, sont quelques-uns des éléments que l’exposition tente de présenter. En fait, nous avons fait un voyage vers la diversité et les expériences communes d’ Ermioni à Ermionida et Abbeville à la Somme. Un voyage qui a reussi à attirer l’ intérêt des nos consitoyens et ceux de la ville francaise et en meme temps il nous a offert le grand plaisir de partager avec les visiteurs des sentiments et des vues à propos de ce voyage.

DD: Ce partage d’expériences culturelles me semble très important. Comment vous créez des liens avec les citoyens étrangers qui sont installés dans notre région ?
GK: Il y a une part de hasard concernant les rencontres mais il y a aussi une part de recherches qui attirent les gens qui par amour a notre pays ils sont installés en Argolide. Vous serez étonnée de constater le nombre des personnes et de la qualité de leurs occupations artistiques. Nous sommes en train d’organiser des nouvelles expositions avec des artistes étrangers installés en Argolide et ceux qui sont déjà présents périodiquement. Par exemple, pour le mois de juin nous préparons une exposition de mosaïques pour honorer le travail d’un artiste français installé à Epidaure et vont suivre les tableaux d’un anglais et d’un allemand, tous installés en Argolide. A cette occasion, je dois mentionner la présence d’un groupe artistique de «street art » d’Amiens qui vient les deux dernières années en Argolide offrant des belles fresques (N.Kios, Argos) sur les bâtiments publiques et les écoles.

En plus, nous avons un nombre croissant d’écrivains qui s’installent en Argolide. Nous sommes aussi à la rencontre de ses personnes pour échanger, les mettre en relation avec les écrivains locaux et faire connaitre au grand public leurs écrits (romans, etc). Il y a quelques jours, nous avons présenté le roman policier d’Eric Oliva à la Bibliothèque Publique de Palamidis à Nauplie. Le couple Oliva est installé à Dimaina (Epidaure) depuis quelque temps. Eric est écrivain des romans policiers. Plus de 50 titres sont déjà répertoriés avec sa signature et, en 2014, il a reçu en France le Prix Fondcombe pour le roman « Le soleil vers l’enfer » que nous avons présenté en collaboration avec la Consule Honoraire de France à Nauplie Mme Catherine Tzannetoulakou. De cette façon nous inaugurons un nouveau domaine d’échanges culturels, espérant que nous allons aider de cette manière à rapprocher le public local mais aussi les écrivains et artistes locaux avec ceux d’autres pays.

DD: Quels sont vos projets futurs ?
GK : Nous avons encore plusieurs propositions et idées à mettre en œuvre et nous travaillons avec des amis sur des projets intéressants. Pour cette période je prépare ma participation à un congrès scientifique à l’étranger et une nouvelle exposition a l’occasion de la Journée des Musées au mois de mai.
DD : Je vous remercie de votre disponibilité pour cet interview fort intéressant pour nos lecteurs et lectrices.
GK : Je vous remercie aussi et permettez-moi de vous offrir, ainsi qu’a vos lecteurs et lectrices, une archive spéciale et pratiquement inconnue au grand public. Il s’agit d’une belle monnaie ancienne, un triobole en argent avec l’image d’Ermione (Hermiόnê en grec ancien) du VII siecle avant J.C. Nous savons, bien sûr, que la ville d’Ermioni ne doit son nom qu’a Ermion fils d’Europos et petit-fils de Foroneas, roi d’Argos, qui a fondé l’ancienne ville d’Ermioni. Mais ceci ne change en rien la beauté de la représentation féminine sur la monnaie. C’est une monnaie appartenant aux archives nationales françaises /BFN.
Merci de votre hospitalité.

