Interview de Georges Pappas avec Despina Dimotsi. Numéro 6 – été 2025!
Georges Pappas est Architecte diplômé de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris (1971). En 1972, il est lauréat du concours « PAN » (Programme Architecture Nouvelle) lancé par le ministère de l’ équipement et du logement. En 1974, il créa, entant qu’Architecte Liberal, son cabinet d’ architecture à Paris où, jusqu’en 2005, il s’occupa de la conception de logements, d’ écoles, de collèges, de théâtres, de bâtiments d’ utilité publique, de maisons de retraite, etc. Plus précisément, au cours de sa carrière d’ architecte, il a construit principalement en région parisienne, dans les villes nouvelles de Cergy Pontoise, Marne-la-Vallée, Melun-Sénart et Evry, ainsi qu’en Province dans le département de Maine-et-Loire.
En 1984, il obtient le prix d’ architecture du département de Seine-et-Marne pour les projets « Claude Monet» et «Les Nymphéas », un ensemble de résidences individuelles et collectives à Lognes. À Noisy-le-Grand, (en Seine-Saint-Denis), il construit le gymnase Louison-Bobet (1987), le centre culturel Michel-Simon (1989) et réhabilite l’ ensemble résidentiel « Le Cormier » (1996), dans la continuité du collège Victor-Hugo. Ces réalisations font suite à une première série de projets sur la commune de Noisy le Grand : le groupe scolaire Van-Gogh (1977), les lotissements Champy-Nesles (1980) et Champy (1982) dans la ZAC de Champy, un lotissement (Pla) et le centre médical Marie-Curie (1983).
Dans chacun de ses projets, G. Pappas s’ efforce de répondre à trois exigences, à ses yeux indissociables :
– une organisation fonctionnelle des espaces
– des formes créatrices de sens
– une véritable prise en compte des contraintes économiques et techniques
Il a également enseigné l’ architecture à l’ École Nationale Supérieure des Beaux Arts de Paris de 1974 à 1979 et a été architecte-conseil au Collège de France de 1989 à 1991 et de l’ Association des Maires de France. Il a été reconnu et honoré pour son travail par des prix, des publications et a reçu le titre de Chevalier dans l’ Ordre des Palmes Académique de l’ État français. (janvier 1981). Il s’ est intéressé dès le début de sa carrière à la peinture, principalement pendant les périodes de vacances, en raison de sa charge de travail. Les thèmes de ses peintures sont varies, ils sont inspirés par ses lieux de vacances. Depuis 1991, il a participé à de nombreuses expositions collectives en France et en Grèce.

DD: Nous aimerions que vous nous parliez de vos études à l’intemporelle École des Beaux-Arts de Paris et de votre vie d’étudiant en France. Quelles sont les différences avec l’école correspondante en Grèce ?
GP: Je tiens à préciser que je suis né au Caire et vécu à Alexandrie avant de me rendre à Paris et joindre l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux Arts (ENSBA).
N’ayant donc vécu en Grèce, j’ignore l’organisation pédagogique et enseignement de l’architecture grecque, je suis par conséquent incapable d’émettre un avis comparatif entre les deux écoles. C’est à Alexandrie que j’ai effectué mes études primaires, secondaires et techniques dont la formation m’a permis, après avoir soumis ma candidature, d’être embauché par l’entreprise Milanaise de travaux publiques « TORNO SpA », adjudicatrice pour la construction du barrage de « Khashm el Girba au Soudan.(1961-1964) . Ces 4 années d’expérience dans le domaine technique ont renforcées l’intérêt que je portai en moi pour l’Architecture. J’ai ainsi décidé d’interrompre mon activité professionnelle pour reprendre des études d’architecture à l’ENSBA de Paris.
Après avoir assuré mon logement à la Citée Universitaire de Paris, j’ai dû m’inscrire à l’ENSBA, , auprès d’un atelier, pour la préparation au concours d’admission. Mon choix a été porté sur celui de « CANDILIS – JOSIC – WOODS »pour sa réputation d’approche contemporaine de l’architecture (contrairement à d’autres ateliers qui poursuivaient un enseignement classique … dépassé, de l’architecture). A noter que, le verdict des membres du jury au concours du projet architectural appartenaient, dans leur majorité, au 2e groupe … a été défavorable … j’ai dû représenter le concours l’année suivante. Mon cursus c’est ensuite poursuivi normalement et c’est adapté aux changements qui ont suivis les évènements de « MAI 1968 ». Ma formation universitaire de base m’a permis d’être dispensé de certaines matières scientifiques de mon cursus.
J’ai pu ainsi mettre à profit le temps libéré par cette dispense, en acceptant la proposition d’embauche qui m’a été faite par mon professeur d’architecture.
Cette proposition, en dehors de son intérêt professionnel, a résolu mon souci économique ! (épuisement de mes sources d’économies faites lors de mon emploi au Soudan).
PRESENTATION DE MON PROJET ARCHITECTURAL AU JURY DE DIPLOME
JUIN 1971. Présentation au jury de diplôme de mon projet architectural.
Le SUJET. « Hôpital d’hygiène mentale »voir photo
PRESIDENT DE JURY. Georges CANDILIS
De Juillet 1971 à mars 1974 – j’ai collaboré entant que chef de projet au cabinet de mon confrère Gilbert FAUX.
Parallèlement et à mon compte, j’ai participé et été lauréat au concours PAN (Programme Architecture Nouvelle) lancé par le Plan Construction du ministère de l’Équipement (cession 1972)
Ce concours visait à la fois à stimuler l’innovation, à orienter le débat d’idées et les politiques de l’habitat et à découvrir de jeunes talents. Ce même Ministère a procédé à la promotion des projets lauréats du concours en question auprès de maitres d’ouvrages et constructeurs. J’ai ainsi été sélectionné par la société immobilière « S.A. Jean ACHE » pour la réalisation de 120 appartements à la ville de Chatou. Cet évènement a déclenché l’étape suivante de ma carrière, qui était … la création de mon cabinet personnel d’Architecture. J’ai pu ainsi réaliser en libéral mon premier ensemble résidentiel en utilisant le principe constructif’ proposé au concours. – Ma vie d’étudiant à Paris c’est déroulée dans la simplicité, vu le coute de la vie. Le campus international de la Citée Universitaire m’a permis de fréquenter et échanger avec des étudiants de diverses nationalités, de profiter de sa bibliothèque et autres équipements ,du prix réduit du restaurant universitaire et aussi participer aux nombreuses fêtes organisées par les étudiants des pavillons des différentes nations.
DD: La quasi-totalité de Paris n’est pas seulement la ville lumière mais aussi un joyau architectural avec les imposants bâtiments historiques qui ornent la ville. Quelle est la difficulté de concevoir de tels bâtiments qui nécessitent à la fois des connaissances et une attention particulière aux détails ?
GP: En effet l’intégration architecturale dans Paris est un acte difficile. Les architectes des rares constructions dans le centre de Paris sont tenus à déposer un dossier de leur projet auprès d’un service administratif spécial formé par des architectes dits « Architectes des Bâtiments de France » ou « Architectes des Monuments Historiques » selon le cas et obtenir de leur part un avis favorable. A noter, l’absence foncière qu’a rencontré Paris pour la construction de logements sociaux et les équipements qui les accompagne a conduit l’Administration Parisienne l’an 1960 de créer en périphérie de Paris, dans un rayon de 40 km, 5 villes nouvelles gérées par des établissements publics ayant la charge, entre autres, de la conception urbaine, de la cohérence du bâti, de l’organisation de concours d’architecture etc.

A cela s’ajoute la création du quartier d’affaires de la Défense au nord de Paris et sa Grande Arche situé sur l’axe historique, dans le prolongement des Champs Elysées. L’ensemble de ses évènements a fait naitre de jeunes équipes d’architectes, et une conception architecturale contemporaine pour des projets couvrants tous les besoins d’un quartier … logements, écoles, bureaux, commerces, etc
DD: Laquelle de vos œuvres est considérée comme la plus importante (d’un point de vue architectural) et pourquoi.
GP: Votre question comprend une double interprétation :
1 – une œuvre architecturale, quelle que soit son importance, est réussie dès lors qu’elle répond aux besoins de ses utilisateurs.
2 – dès lors que le constat ci-dessus est satisfait l’architecte peut émettre son avis sur sa préférence parmi ses projets réalisés.
Je précise avoir réalisé une large variété de projets allant du logement, a l’enseignement, le sport, la religion, la culture, la retraite, la réhabilitation.
Je retourne souvent visiter ces projets après leur mise en service, et discute avec ses utilisateurs, qui me font part de leur avis, lequel, a ma grande satisfaction, est favorable dans sa majorité.
Ceci dit, je considère que l’œuvre la plus importante de ma carrière est l’équipement multiculturel « ESPACE MICHEL SIMON ».

Il s’agit d’un projet issu d’un concours lancé par la Mairie de Noisy- le-Grand en 1986, dont j’ai été lauréat.
Sa construction s’est étalée de 1987 à 1989 et son inauguration a eu lieu en février 1989 en présence de l’acteur, Jean Marais.
Cet espace dédié à Michel Simon, regroupe un théâtre et une médiathèque.
La salle de spectacle peut accueillir 725 places.
L’arrière scène peut s’ouvrir sur un espace polyvalent, pouvant lui-même s’ouvrir sur un espace extérieur au sud.
Une médiathèque nommée “Georges Wolinski”, sur quatre niveaux, propose l’espace adulte, jeunesse, musique, cinéma, auditorium et atelier numérique.
Surface hors parking: 8.375 m2
Surface parking (sou sol): 4.970 m2
Les raisons de ce choix sont les suivantes :
1 – son importance sociale, et non seulement, situé face à la Mairie de Noisy le Grand en charnière entre la ville ancienne et la ville nouvelle de « Marne la Vallée » .
2 – l’unique équipement multiculturel de la ville nouvelle de « Marne la Vallée », Noisy le Grand compris, desservant 350.000 habitants.
3 – la conception des espaces et équipements spécifiques prévus, répondent aux exigences des groupes théâtraux, musicaux et artistes de haut niveau.
Les danseurs connus de l’opéra de Paris, Patrick Dupont et Sylvie Guillem ont participé au spectacle d’inauguration.
DD: En ce qui concerne votre enseignement dans les grandes écoles françaises, qu’est-ce que cela représente pour un Grec d’enseigner dans les meilleures universités d’Europe ?
GP:La maitrise de la théorie en Architecture, seule, est insuffisante pour être enseignant.
Pour assumer cette fonction il est important d’être aussi reconnu par le résultat de sa pratique opérationnelle et bien entendu maitriser la langue.
En ce qui me concerne, le fait d’avoir été lauréat au concours « Programme Architecture Nouvelle » (PAN) et réussi à mettre en œuvre le principe constructif innovant proposé, m’a permis d’obtenir en 1974 le poste d’Enseignant à l’Unité Pédagogique No 1 de l’ENSBA.
En dehors de l’enseignement de la conception architecturale, dont j’avais la charge, j’ai proposé et obtenul’accord de l’Administration pour l’introduction au cursus des étudiants d’une section technique associée à la visite de chantiers de construction.
Pour cela il a fallu mettre en place un service de transport par car des étudiants et souscrire une assurance tous risques, les couvrant pendant leur transportset leur visites des chantiers.
Cette initiative fut très appréciée par les étudiants, conscients de la nécessité d’inclure dans leur formation, l’apprentissage de cet important domaine.
DD: Que représente le fait d’être honoré du titre de Chevalier dans l’Ordre des Palmes Académiques par l’État français
GP: J’ai été nommé Chevalier dans l’Ordre des Palmes Académiques le 28 janvier 1981 pour services rendus à la culture Française.
Cette NOMINATION HONORIFIQUE de l’Etat Français en ma personne, trouve sa naissance, suite à 2 évènements.
1 – la reconnaissance de la qualité architecturale du Groupe Scolaire « VANGOGH » que j’ai réalisé à Noisy le Grand (1978), projet issu d’un concours d’architecture, dont j’étais lauréat.
2 – la responsabilité de l’animation d’un séminaire d’architecture, à l’attention d’un groupe d’Inspecteurs d’Académie du département de Seine St Denis, en cours de formation.
DD: Quels sont les autres prix qui vous ont été décernés en France et en Grèce ?
GP: Ci-dessous la liste des concours d’architecture ou j’ai été lauréat, et des projets réalisés qui ont reçu des prix pour leur qualité architecturale.
Trois de mes projets de maisons de retraite réalisés dans le Maine et Loire ont fait l’objet d’une publication.
1972 – PAN (Programme Architecture Nouvelle) – lauréat au concours d’architecture
1981 – PNH (Palmarès National de l’Habitat) – projet retenu par le Jury Régional de l’Ile de France pour la réalisation de 108 maisons à Jouy le Moutier ville de Cergy Pontoise.
1982 – PNH (Palmarès National de l’Habitat) – projet retenu par le Jury Régional de l’Ile de France
pour la réalisation de 2 immeubles (50 logements) à la ville d’Evry. (COOP EVRY 2)
1983 – Collège Victor Hugo d’une capacité de 900 élèves – Département de la Seine Saint Denis.
1984 – Prix d’Architecture Contemporaine – « Habitat » projet retenu par le Jury Départemental de
Seine et Marne pour la réalisation de 20 logements individuels « Résidence Claude Monet »
1990 – COLLEGE DE FRANCE -SCARIF – projet lauréat au concours d’architecture pour la réhabilitation de l’ancienne école polytechnique à Paris.
Collège Alain Fournier pour 400 élèves – Département de l’Essonne –
1995 – Maison de Retraite Médicalisée de 60 lits – Etablissement Publique de Durtal – projet lauréat au concours d’architecture
1996 – Maison de Retraite Médicalisée de 41 lits – CAUE de Maine et Loir – projet lauréat au concours d’architecture
2017 – Publication aux éditions Imago de l’ouvrage : “Georges PAPPAS. Trois architectures pour
l’ Anjou” sous l’initiative de l’Association Angevine des Amis de l’Architecture (A3A) et le CAUE de Maine-et-Loire.
L’ouvrage retrace mon parcours angevin à travers trois opérations réalisées en Anjou autour des édifices singuliers que sont les maisons de retraite : maison de retraite l’Argance à Durtal, maison de retraite Duboy d’Angers à Savennières et maison de retraite de la Maison Mère de la Congrégation Jeanne Delanoue à Saint-Hilaire-Saint-Florent.
Ces trois réalisations expriment des principes alors partagés par l’ensemble des professionnels de santé : la reconnaissance des spécificités de l’individu âgé, une recherche de stimulations de tous ordres pour éviter les naufrages psychologiques, un aménagement des temps individuels et collectifs une disponibilité des personnels…

DD: Parlez-nous un peu de vos expositions, avec leurs paysages et leurs couleurs magnifiques. Qu’est-ce qui vous inspire pour créer et quelles sont les techniques et les palettes de couleurs que vous utilisez le plus.
GP: Mon intérêt pour la peinture remonte à mon jeune âge, à noter que l’occasion de peindre pendant ma carrière professionnelle ne se présentée, à cause de ma charge de travail, que pendant la période de vacances, d’où les thèmes de celle-ci.
C’est en plein air que mes peintures étaient créés à des heures de la journée ou la lumière s’accordée au mieux aux thèmes. Pour des raisons pratiques les techniques utilisées étaient l’aquarelle, la plume et l’encre de chine, le fusain et les pastels sur des supports papier.(cf photo).
La technique et les moyens utilisés pour mes peintures, après ma cessation professionnelle ont évolués.
Les thèmes se partagent en deux catégories, le premier trouve son inspiration dans l’observation du comportement de l’être humain, le deuxième est inspiré par l’infinie beauté de la nature et pas seulement… les nombreux incendies de ces dernières années ont font aussi partie.
Des croquis en pleine air et des photos aident à la mise en page de l’œuvre à peindre, qui se fera en atelier sur support de toile tendue en acrylique, ou huile.
La gamme de couleurs sera choisie en fonction du thème et de l’accent voulu pour sa mise en valeur.
En Grèce j’ai participé aux expositions suivantes :
2007 – exposition nationale des arts graphiques – « Parnasos » Athènes
2007 – Couleurs et Civilisations – Galerie de l’Unesco – le Pirée
2012 – « a la mémoire de Dina Andoulakakou » – Centre Culturel Michala – Anavysos
2014 – 2023 – « Peintures et Sculptures » – Association Franco-Hellénique – Athènes
2017 – « Clins d’œil sur l’homme » – Galerie Apothiki – Myrina Limnos
2024 – « la Mer mon Amour » – Association Franco-Hellénique – Athènes
