Interview de Jordane Saget avec Lili Panagoulia.

Jordane Saget est un artiste contemporain et street artist basé à Paris. Tel Keith Haring dans les rues de New York dans les années 80, les œuvres de Jordane façonnent l’identité du Paris d’aujourd’hui.

Depuis plus d’une décennie, Jordane a développé un style visuel unique, fondé sur un trio de lignes évocatrices quoique énigmatiques, devenant un élément distinctif dans l’univers du street art parisien. Depuis 2015, il sillonne les rues de Paris pour dessiner à la craie ou au pinceau ses lignes — sans jamais signer ses œuvres. En quelques années, il crée ainsi près de 2000 œuvres, éphémères ou permanentes.

De plus en plus remarqué, son travail a fait l’objet de plusieurs expositions et entraîne de plus en plus de collaborations avec divers artistes et organisations : Jean-Charles de Castelbajac, Agnès b., Printemps, Les Enfoirés, la Samaritaine…

FRENCH EDITION ISSUE 2, PRINTEMPS 2022

Quand avez-vous décidé de vous lancer dans l’art? Avez-vous eu du talent dès votre plus jeune âge ou l’avez-vous découvert en grandissant?

JS: Je ne me suis jamais vraiment « lancé >>> dans l’art, je dirais que je suis plutôt << tombé >>> dedans. Enfant, je dessinais des formes sur mes cahiers d’école sans trop savoir ce que je faisais. Mais je n’ai pas prolongé mes études dans le domaine, l’essentiel des pratiques que j’ai acquises sont venues empiriquement graduellement. et Adulte, c’est plutôt par la pratique du Tai Chi Chuan et la philosophie qui y est associée que j’en suis venu à développer une vision de fluidité et d’élasticité qui se retrouvent dans ce que je fais aujourd’hui. Et puis il y a eu le déclic : dans ma vingtaine, alors que je travaillais dans la restauration, un collège et ami qui m’a conseillé de prendre un crayon. Il pensait que j’allais écrire, je me suis (re)mis à dessiner..

Vos réalisations entremêlent des lignes qui se croisent et se superposent et vous utilisez le dessin à la craie ou au pinceau. On vous appelle le seigneur des lignes courbes, que symbolisent les lignes courbes, que voulez-vous exprimer avec vos œuvres? Pourquoi utilisez-vous exclusivement pour vos œuvres ces deux matériaux?

JS: Sans vouloir être facétieux, c’est avant tout au spectateur de me dire ce qu’il ressent face à mon travail. Je ne veux très volontairement pas forcer l’interprétation de mes œuvres, car elle est avant tout individuelle. Les gens y voient une multitude de choses, que ce soit la représentation d’un chemin, de branches d’arbres, d’éléments d’art premier… L’important est que vous y voyiez quelque chose qui vous parle! En ce qui concerne les matériaux que j’utilise, je dirais que la craie et le marqueur sont mes outils de prédilection. Je me suis assez récemment mis à la peinture, sans pour autant prétendre une même aisance qu’à la craie. Ce qui m’importe, en fait, n’est pas l’outil lui-même mais ce qu’il rend possible: avec la craie ou le marqueur, je peux être au plus près de la matière, que je dessine sur le sol ou sur une toile. Le pinceau crée une plus grande distance. Il y a aussi une dimension liée à la résistance que je rencontre en dessinant: elle est bien plus forte à la craie qu’au pinceau, ce qui me permet de guider le geste…

Comment avez-vous développé votre style? Avez-vous traversé des << phases >>?

JS: Oh oui, j’ai traversé bien des phases! A vrai dire, j’en traverse toujours : mon style est en fait en constante évolution. Durant les premières années, il y a maintenant plus de 10 ans, j’ai d’abord tenté un certain nombre d’approches, dessinant un nombre variable de lignes, les mélangeant avec d’autres formes. C’est graduellement que j’en suis arrivé au trio que vous connaissez, qui m’est apparu un jour comme une évidence. Mais je continue toujours à faire évoluer ces lignes: soit par le support sur lequel je les dessine, que ce soit dans la rue, sur une toile ou mon iPad, soit par l’histoire que je veux raconter avec. Récemment, j’ai ainsi collaboré avec le comédien Bun Hay Mean pour une œuvre caritative: je dessinais sur de grands panneaux sur scène pendant qu’il faisait son show, accompagnant ses paroles de mes gestes. Les spectateurs sont ensuite repartis avec des petits morceaux de mon travail…

Vous êtes un artiste de street art. Pensez-vous que ce genre d’art est un peu incompris par beaucoup de gens?

JS: C’est quelque peu difficile pour moi de répondre à cette question, car je ne me considère pas complètement comme un artiste de street art ου, en tout cas, je ne prétends pas complètement comprendre ce que cela signifie. Ce qui m’intéresse dans le travail de la rue, c’est de pouvoir jouer avec les espaces, les formes, les rencontres… Pour autant, mon approche est très personnelle et je ne suis pas certain que d’autres verraient les choses de la même façon. En fait, je cherche plus à communiquer avec les gens par mon travail qu’à promouvoir un genre particulier…

Vous avez réalisé plus de 2000 œuvres éphémères sur Paris. Pourquoi avez-vous choisi la ville de Paris? Avez-vous également réalisé des œuvres éphémères dans d’autres villes françaises étrangères?

JS: Je suis parisien depuis plus de 20 ans, c’est la vie où j’ai grandi en tant qu’artiste et en tant qu’être humain. Je me sens chez moi ici, et c’est à Paris que j’ai réellement développé mes lignes. En fait, j’aime à dire qu’elles entrent en résonance avec la ville: l’un ne va au fond pas sans l’autre. Pour l’ouverture de La Fab, lieu d’exposition de la créatrice de mode Agnès b., je suis même allé plus loin: J’ai peint mes lignes sur le trottoir jusqu’à l’entrée du lieu afin de figurer un chemin… Pour autant, je ne travaille pas qu’à Paris. Récemment, j’ai collaboré avec la ville de Limoges afin de reimaginer une place en son centre. J’ai aussi travaillé avec un hôtel à Dax, j’étais récemment à Nice pour un nouveau projet de collaboration… Mon travail est associé à Paris, mais il n’y est pas exclusivement lié.

Avez-vous déjà fait une collaboration avec un autre artiste ou une organisation? Si oui parlez-nous d’une collaboration avec un autre artiste ou une organisation qui vous a marqué, et pourquoi?

JS: J’ai eu la chance de collaborer avec quelques très grands artistes, qui m’ont au passage beaucoup appris. Il y a quelques années, alors que je commençais vraiment à trouver mes marques dans la rue, j’ai eu l’opportunité de travailler avec Jean-Charles de Castelbajac un moment inoubliable. Plus récemment, il y a eu la collaboration avec Agnès b., qui a commencé par un T-shirt de sa collection, puis plusieurs, puis a été complétée par des robes… et maintenant des créations pour La Fab. Je suis également honoré d’avoir pu travailler avec Les Enfoirés, pour lesquels j’ai illustré le clip de leur nouvelle chanson l’année dernière. Je travaille toujours un peu de la même façon: il faut qu’une collaboration fasse sens pour que je m’engage. De ce fait, toutes m’inspirent…

En dehors des coins de la capitale française, exposez-vous également vos œuvres dans des galeries? Peut-on acheter certains de vos tableaux et où peut-on les trouver?

JS: Je ne travaille pas actuellement avec des galeries, en revanche j’ai mon propre showroom dans le 10ème arrondissement de Paris. J’y organise régulièrement des événements, souvent en partenariat avec d’autres artistes ou organisations. Vous pouvez aussi retrouver certaines de mes créations sur mon site internet: j’en propose peu, à dessein, il s’agit donc d’avoir l’œil et decliquer au bon moment….

Quels sont vos futurs projets que vous pouvez partager avec nous?

JS: Là encore, c’est une question assez vaste. Je travaille, pêle-mêle, sur plusieurs projets d’écriture (j’ai notamment collaboré à un ouvrage collectif à paraître prochainement), sur des projets d’œuvres sculptées avec mon frère donc c’est l’activité, sur un projet à l’occasion de la journée mondiale de l’eau avec une ONG au travail remarquable, sur des idées d’objets artisanaux qui porteraient mes lignes… Les projets ne manquent pas, c’est plutôt le temps qui me manque pour tout mener à bien !

Quel conseil donneriez-vous pour les jeunes gens voulant suivre les traces d’un artiste de street art?

JS: Ne faites pas comme moi: ce qui a <<< marché >>> pour moi ne marchera pour un autre, il s’agit de trouver sa façon unique de s’exprimer…

Από ermag

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